Styles
28 janvier 2025
Styles
28 janvier 2025
De Tiktok à Reddit, les backrooms fascinent autant qu’elles suscitent l’effroi. Apparues sur les forums en ligne en 2019, ces creepypastas (légendes urbaines conçues pour effrayer) dépeignent des lieux oppressants, de vastes dédales sans issue où l’on se sent constamment épié. Open-spaces inoccupés, centres commerciaux abandonnés, piscines désertées… Ces décors semblent familiers, mais dépourvus de leur contexte habituel, provoquent une sensation de malaise. Cette esthétique angoissante a été théorisée sous le nom d‘espace « liminaire ».
Si la légende urbaine des backrooms a été largement exploitée dans le gaming, puis par la télévision, notamment dans la série Severance dont les décors s’inspirent largement de cet univers perturbant, c’est aujourd’hui le 7ème art qui s’en empare. La société A24 (Marty Supreme, The Drama, Materialists), vient d’extraire les backrooms de la culture geek pour l’offrir à un public plus large avec son film sorti dans les salles obscures françaises le 17 juin. L’occasion de revenir sur la genèse des « arrière-salles » et leur écho dans la création contemporaine.
Berceau
Internet
Esthétique
Liminale
Sensation
Malaise
Objectif
S'échapper
Comme les backrooms elles-mêmes, le film repose avant tout sur son décor. À seulement 21 ans, Kane Parsons signe avec A24 l’un des projets les plus commentés de l’année. Pour donner corps à cette mythologie née sur Internet, il s’est entouré du décorateur Trevor Johnston, du chef décorateur Danny Vermette et du directeur artistique Alan Derksen.
L’équipe a écumé Facebook Marketplace et les ventes aux enchères de Colombie-Britannique pour réunir du mobilier strictement daté des années 1990, aucun élément ne devait trahir l’époque. À l’échelle du tournage, le dispositif est colossal : quatre immenses plateaux, 2 500 m² de moquette jaune et 3 000 m² de papier peint reproduisant fidèlement l’image originelle des backrooms. La société A24 est même allée jusqu’à commercialiser le papier peint utilisé dans le film. Pour comprendre le phénomène, retour au commencement.
The Lobby est considéré comme le point d’entrée des backrooms. L’image à l’origine du phénomène, des locaux abandonnés recouverts d’un papier peint délavé et d’une moquette jaunâtre des années 70, apparaît pour la première fois en 2019 sur le forum 4Chan, postée par un utilisateur anonyme. The Lobby est décrite comme une représentation de l’ennui, de la solitude et de l’anxiété. Sa monotonie cache une horreur plus profonde : l’idée d’être piégé dans une boucle infinie, sans échappatoire.
Après être peu à peu tombées dans l’oubli, les backrooms reviennent dans l’imaginaire collectif en 2024, après qu’en mai, l’origine de la photographie soit enfin dévoilée : elle aurait été capturée en 2002 dans un ancien magasin de meubles américain endommagé par des infiltrations d’eau. Cette même année est marquée par la diffusion d’un premier jeu vidéo dédié à l’univers des backrooms et d’une adaptation cinématographique des courts métrages d’un certain Kane Parsons, Youtubeur fasciné par le phénomène. Il ne le sait pas, mais deux années plus tard, son projet sera propulsé à Hollywood.
The Lobby est le premier niveau d’une suite de backrooms créée par les jeux vidéos : des univers étendus par des atmosphères distinctes, chacune répartie sur différents étages. L’objectif reste le même : s’en échapper. Un leurre car toute tentative d’évasion mène simplement à un autre niveau.
Le niveau, tel que présenté dans le jeu Escape the Backroom, plonge dans une ambiance brutale : les murs sont nus, faits de béton fissuré ou de métal rouillé, éclairés par des néons vacillants. L’air est lourd, chargé d’humidité et de cette odeur métallique qui semble trahir une présence latente. Chaque pièce est dépouillée à l’extrême, mais des traces d’occupations passées — graffitis, outils abandonnés, empreintes floues — laissent deviner que d’autres avant ont essayé de survivre.
<span style= »color: #ffffff; »>Boutique Khaite, New York
The Abandoned Office se déploie comme un vaste labyrinthe d’open-spaces des années 90 désertés, comme impulsivement abandonnés. Les murs sont ternis par le temps, les piles de dossiers et ordinateurs sont couverts de poussière, le sol est habillé d’une moquette usée, parfois humide, et dégage une odeur de renfermé.
The Ordinary Suburban se présente comme une banlieue moderne s’étendant à l’horizon et caractérisée par des maisons colorées presque toutes identiques. À l’intérieur règne une atmosphère candide inspirée des années 80. Bien que ce niveau soit généralement considéré comme sûr et dépourvu de vie humaine, une entité hostile, connue sous le nom de « Neighbourhood Watch », rôde dans les rues désertes pendant la nuit, à la recherche de vagabonds…
The Field of Wheat se déploie comme une grande étendue de champs de blé et d’orge dans toutes les directions. Des structures telles que des granges, des étables et de petits hangars en bois parsèment le paysage. Des chemins de terre, marqués par des traces de pneus, traversent également le niveau, suggérant une utilisation fréquente par des véhicules, bien que ces derniers n’aient jamais été observés. Le temps y est constamment couvert. Cette atmosphère morne, combinée à une luminosité constante, rend difficile l’estimation du temps qui passe.
Le Level Fun se présente initialement comme un espace festif et accueillant, rappelant une fête d’anniversaire pour enfants. Une apparence joyeuse trompeuse, car le niveau est contrôlé par des entités hostiles, les « Partygoers ». Ces créatures, reconnaissables à leur sourire figé et à leur comportement enjoué, attirent les explorateurs en leur proposant de participer à des jeux qui se révèlent mortels.
The Poolroom est un complexe de pièces et de corridors interconnectés, partiellement submergés par une eau tiède et ondulante. Les murs, plafonds et sols sont recouverts de carreaux de céramique blanche. L’architecture varie considérablement, allant de piscines uniformes à des piliers émergeant de l’eau et des escaliers descendant directement dans des bassins profonds.